Un dirigeant qui arrive entend parler de ses « cent premiers jours » avant d’avoir vu son périmètre. Le chiffre circule comme une norme partagée. Son histoire commence en politique, et sa transposition au management d’entreprise date de 2009.

Un chiffre hérité d’une séquence politique française

L’expression a d’abord désigné une période datée. Les Cent Jours courent du retour de Napoléon de l’île d’Elbe, le 20 mars 1815, à la seconde restauration de Louis XVIII, le 8 juillet 1815.

Le compte exact donne 111 jours. Le terme a été fixé par Gaspard, comte de Chabrol, préfet de Paris, et il s’est installé dans la langue comme synonyme d’une courte période de grande intensité politique.

Le chiffre arrondissait donc déjà la réalité qu’il nommait. Ce qu’il désignait était une séquence de gouvernement, et rien dans cette origine ne renseigne sur le temps que prend une installation dans une fonction.

Roosevelt en fait un cadre d’évaluation en 1933

Franklin D. Roosevelt prend ses fonctions le 4 mars 1933, en pleine Grande Dépression. Entre mars et juillet 1933, il obtient du Congrès l’adoption de quinze lois majeures d’urgence, parmi lesquelles :

  • la fermeture de tout le système bancaire américain, le 6 mars 1933 ;
  • l’adoption de l’Emergency Banking Act, le 9 mars ;
  • la fin de l’étalon-or ;
  • la création de la Public Works Administration et de la National Recovery Administration.

Le rythme de cette séquence explique sa postérité. Quinze textes en quatre mois installent l’idée qu’un mandat se juge sur son ouverture, et cette idée a survécu au contexte qui l’avait rendue possible.

Ces actions ont servi de modèle aux évaluations ultérieures de présidents et de dirigeants. Les cent premiers jours s’établissent à ce moment comme la période où se jugent une transition et l’établissement d’une légitimité.

D’un étage à l’autre, une métaphore transmise

Les sources s’arrêtent là où beaucoup de récits continuent. Aucune connexion n’est établie entre les Cent Jours de 1815, la présidence Roosevelt et les auteurs qui ont porté la notion en entreprise, au delà d’une transmission de terme et de métaphore.

Le terme français n’a pas de source directe documentée menant aux auteurs de management qui l’ont repris. Ce qui voyage d’un étage à l’autre est un mot commode, dont la valeur de mesure n’a été établie à aucune étape du trajet.

L’ouvrage qui installe la notion en management

George B. Bradt, Jayme A. Check et John A. Lawler transplantent la notion du domaine politique au management d’entreprise dans « The New Leader’s 100-Day Action Plan », publié chez John Wiley & Sons en 2009. L’ouvrage s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires.

Le sous-titre annonce ce que le livre couvre : prendre les commandes, construire ou fusionner son équipe, obtenir des résultats immédiats. Les trois verbes disent déjà que l’ouvrage traite d’une prise en main, et pas d’un audit de l’existant.

La méthodologie que les auteurs appliquent aux transitions de leadership tient en six étapes :

1. Obtenir une longueur d’avance. 2. S’engager dans la culture. 3. Gérer le message. 4. Fixer la direction. 5. Aligner l’équipe. 6. Livrer des résultats.

L’ordre mérite d’être lu pour lui-même. La culture et le message viennent avant la direction et l’équipe, et les résultats ferment la séquence au lieu de l’ouvrir. Une prise de poste qui commence par annoncer des chiffres inverse ce que les auteurs proposent.

Les auteurs présentent cette suite comme un cadre heuristique. Elle organise un ordre de travail, elle ne prédit aucune issue.

Sur quelle durée ce cadre porte réellement

Le titre se lit souvent au premier degré, et le contresens s’installe là. Le concept ne désigne pas une période fixe d’une durée d’exactement cent jours. Il désigne la phase critique initiale de transition.

La longueur de cette phase varie selon le contexte et selon le rôle. Cent jours en est devenu un étalon de référence en management exécutif, c’est-à-dire une unité de compte partagée par ceux qui traitent le sujet.

Un lecteur qui tient ce point tient l’essentiel du dossier. Le nombre inscrit sur la couverture fixe une convention, et la durée réelle de la phase se lit dans la situation du poste concerné.

Ce que les sources n’établissent pas

Bon à savoir : Aucune définition légale ni académique ne fixe la durée des cent premiers jours en management. Le repère relève de l’heuristique, et une échéance annoncée comme cent jours révolus emprunte une précision qui n’a jamais été mesurée.

Bon à savoir : Le second point gêne davantage l’usage courant du chiffre. Aucune source primaire traçable n’établit qu’une bonne performance dans les cent premiers jours corrèle avec la réussite ultérieure dans le poste. Les anecdotes abondent sur ce terrain, les chiffres manquent.

Le troisième trou porte sur le trajet du terme lui-même. Aucune généalogie documentée ne relie les Cent Jours de 1815, la présidence de 1933 et les auteurs de 2009. Ce qui s’est transmis est un mot, sans qu’aucune étape n’en établisse la valeur de mesure.

Ces trois absences ont une conséquence commune pour qui prépare une prise de poste. Le calendrier des cent jours organise l’attention de l’entourage, il ne prédit rien sur l’issue.

Il reste au cadre ce que sa date produit. Une échéance annoncée installe un jour où des résultats se constatent, ce que formalise un plan 100 jours lorsque l’exercice porte sur un périmètre entier.

Ce que le chiffre ne dit pas du poste

Le repère fixe une date, il ne dit rien de ce qui s’apprend pendant l’intervalle. Un dirigeant qui arrive découvre un périmètre, des interlocuteurs et un historique d’arbitrages, et cette découverte suit son propre rythme.

Attention :

L’écart entre les deux horloges explique le malaise fréquent des premières semaines. La date approche pendant que la compréhension se construit, et la tentation de décider pour tenir l’échéance se paie ensuite.

Le sujet de fond, celui de l’apprentissage d’un rôle nouveau, se traite hors du calendrier de démarrage, par un coaching de prise de poste.

Ce qu’il reste du chiffre

Le repère des cent jours est un terme transmis par la politique, devenu un étalon de référence en management exécutif. Sa valeur comme durée n’est documentée dans aucune source disponible, ce qui laisse au chiffre le statut de convention de calendrier.

Une convention se discute au moment où on l’adopte. Savoir d’où vient celle-ci permet d’en fixer le contenu en connaissance de cause, avant qu’une date arbitraire ne devienne l’unité de mesure d’une prise de fonction.

Ce que Core Conseil fait sur ce sujet

Cent jours ne suffisent pas à tout faire, et c’est ce qui rend l’exercice utile : il oblige à choisir. Core Conseil construit ce choix avec vous dans le plan 100 jours.

Nous arrêtons ce qui doit être obtenu maintenant, dans quel ordre, et qui en répond. Le reste attend son tour, écrit noir sur blanc.


Armen Timourdjian

Armen Timourdjian

Consultant Stratégie 360, Expert Conseil & Formation, Fondateur du Groupe PERSPECTIVE

ConseilStratégieRHFormationBilan de compétencesVAEQUALIOPIISO 9001

J’accompagne les organisations vers plus de cohérence et de performance

+20 ans d'expertise conseil & formation

+5000 personnes formés

+500 organisations conseillées

À lire aussi